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Pourquoi sauver Willy ? : Épistémologie synthétique de la prédiction en écologie des communautés / Why free Willy? : Synthetical epistemology of prediction in community ecologyCalba, Sarah 15 December 2014 (has links)
Je vous propose à travers la lecture de cette thèse d'entreprendre un voyage épistémologique, un déplacement hors de votre lieu de résidence (et de recherche) habituel, un passage du "comment", donc de la résolution de questions pragmatiques, au "pourquoi", à la définition des finalités de la recherche scientifique. Ce voyage doit être vécu comme une aventure, une tentative difficile et périlleuse au cours de laquelle vous serez amené à défier l'autorité d'un Grand Partage régnant sur les mers épistémologiques, légitimant la connaissance vraie et justifiée au détriment de la croyance et de l'opinion. Ce départage opposera au réalisme une posture constructiviste et relativiste affirmationniste concevant la recherche scientifique non comme un progrès dans la découverte du réel ou vers une vérité universelle mais comme la confrontation de points de vue donnant lieu à des définitions communes, des représentations partagées. S'en suivra une escale sur l'île de l'écologie des communautés, où l'étude des prédictions produites par les écologues illustrera deux types de recherche : l'une, qualifiée d'analytique, vise à fournir des explications du réel par la décomposition et la simplification ; l'autre, qualifiée de synthétique, veut la compréhension par la mise en lien. Alors que la première utilise un langage exclusif, engendrant un double mouvement d'exclusion et d'esquive de certaines questions, la seconde discute par le biais d'un langage coélitaire, créant de la complexité, de l'épaississement pour reconfigurer notre connaissance du monde afin de susciter des questions subjectivement neuves. Ce voyage aboutira à la proposition d'une nouvelle architecture pour la maison écologie alors engagée dans une recherche synthétique. / With this thesis, I propose that you undertake an epistemological travel to move outside your usual place of residence (and of research), a transition from the “how”, so from the resolution of practical issues, to the “why” and the definition of the purposes of scientific research. This travel must be experienced as an adventure, a difficult and dangerous attempt during which you will defy the authority of a Grand Partage prevailing on the epistemological seas, legitimizing a true and justified knowledge to the detriment of belief and opinion. This will oppose a realist position to a constructivist and relativist affirmationist position seeing scientific research not as one step in the discovery of the real or of a universal truth but as the confrontation of points of view leading to common definitions and shared representations. Will follow a stopover on the island of community ecology, where the study of different kinds of predictions produced by ecologists is used to illustrate two types of research: one is called “analytical” and aims to provide explanations of reality by decomposition and simplification; the other one, called “synthetical” intends to understand by setting links. While the first uses an exclusive language, generating a double movement of exclusion and avoidance of some questions, the second discusses through a coélitaire language, creating complexity and thickening to reconfigure our knowledge of the world to generate questions that are subjectively new. This travel will finally lead to the proposal of a new architecture for the home of ecology engaged in a synthetical research.
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Histoire de la recherche sur les piles à combustible en France des années soixante aux années quatre-vingt / History of Fuel Cell Research in France from the Sixties to the EightiesSimoncini, Nicolas 03 December 2018 (has links)
Les piles à combustible, dont le principe de fonctionnement est connu depuis le milieu du XIXème siècle, permettent de produire simultanément de l’électricité, de l’eau et de la chaleur à partir de combustibles et comburants tels que l’hydrogène et l’oxygène. À la fin des années cinquante, ces générateurs électrochimiques connaissent des perfectionnements majeurs, notamment grâce aux travaux de l’Anglais Francis T. Bacon, et sont utilisés aux États-Unis par la NASA (Aeronautics and Space Administration) au sein de ses programmes spatiaux. En France, des études sont mises en place au même moment dans des laboratoires publics et privés, tels que ceux d’Alsthom, de l’Institut français du pétrole et du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), sous l’égide des Armées et de la DGRST (Délégation générale à la recherche scientifique et technique), organisme d’État chargé de la politique de la recherche. Jusqu’au début des années quatre-vingt, des millions de francs sont ainsi investis et des centaines de chercheurs, ingénieurs et techniciens sont mobilisés pour améliorer la technique, travailler à son adaptation aux automobiles électriques, aux trains, aux sous-marins, à la construction de centrales de production industrielle d’électricité ou encore à la fourniture de solutions militaires. Alors que de nos jours les piles à combustible apparaissent en France comme des options majeures pour la transition énergétique, c’est tout l’objet de cette thèse que de retracer, restituer et analyser cette partie de leur histoire grâce à une enquête de terrain fondée sur la récolte d’archives et la réalisation d’entretiens avec des acteurs ayant participé aux recherches. Nous mettrons tout d’abord au jour les conditions socio-historiques et les dynamiques structurelles qui font que les piles à combustible deviennent un thème d’intérêt en France à la fin des années cinquante. Nous montrerons ensuite comment les études sont organisées puis réorientées dans les années soixante et soixante-dix en fonction de l’évolution du collectif de pensée et du réseau social créés autour de la technique. Enfin, nous examinerons l’ensemble des raisons politiques, économiques, scientifiques et sociales pour lesquelles ces travaux sont presque tous abandonnés au début des années quatre-vingt. / Fuel cells, which operation principle is known since the middle of the 19th century, allow to produce electricy, water and heat simultaneously from fuels and combustives like hydrogen and oxygen. At the end of the 50s, these electrochemical generators are perfected, particularly thanks to the work of Francis T. Bacon in England, and are used in the USA by NASA (Aeronautics and Space Administration) for space programs. In France at the same period, private and public laboratories as Alsthom, the IFP (French Petroleum Institute) and the CNRS (French National Center for Scientific Research) start their own studies under the supervision of the Ministry of Defense and the DGRST (General Commission for for Scientific and Technical Research), a national institution in charge of scientific research policy. Until the beginning of the 80s, millions are thus invested and hundreds of researchers, engineers and technicians are mobilized to improve fuel cells, work on their adaptation to electrical cars, trains, submarines, on the construction of fuel cell power plants or specific military equipments. Now that in France fuel cells are considered as major options for energy transition, the objective of this dissertation paper is to analyze this period of their history thanks to a field investigation based on numerous archives and interviews with stakeholders who contributed to researches. We will first expose socio-historical conditions and structural dynamics which make fuel cells become a theme of national interest at the end of the 50s. We will then show how studies are organized and reoriented in the 60s and 70s according to the evolution of the thought collective and the social network created around fuel cells. Finally we will examine all political, economic, scientific and social reasons which led to drop almost all fuel cell researches in the country at the beginning of the 80s.
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Caractérisation des transactions didactiques : deux études de cas en Découverte Du Monde Vivant au cycle II de l'école élémentaireMarlot, Corinne 04 July 2008 (has links) (PDF)
La communication en milieu didactique est une spécification de la communication humaine. La théorie de l'action conjointe en didactique (TACD), développée par Sensevy, Mercier & al.(2005, 2007 et 2008), considère la production des discours du professeur et des élèves comme la manifestation de transactions didactiques dont le savoir est l'objet transactionnel. Ces transactions permettent à la fois la reconnaissance mutuelle des interlocuteurs et la participation à un jeu conjoint, qui consiste à construire et changer le monde au travers de jeux d'apprentissage plus ou moins spécifiques. Comprendre comment et à quelles fins le professeur produit ses discours dans la classe représente l'enjeu majeur de ce travail. Le contexte de cette étude concerne deux classes de cycle II de l'école élémentaire, engagées dans une séance en Découverte Du Monde Vivant, relative au mode de vie du lombric (locomotion et besoins physiologiques). Cette recherche de nature fondamentale élabore une structure d'investigation capable de décrire de manière rigoureuse de quelle manière le savoir organise les transactions didactiques. Cette structure articule trois composantes qui sont les stratégies énonciatives didactiques, l'épistémologie pratique du professeur et les jeux d'apprentissage. L'élaboration et la mise en oeuvre de ce modèle s'appuient sur l'étude de cas de deux professeurs, un débutant et un expérimenté. Ce modèle d'analyse, dans une logique comparatiste, emprunte à la fois au champ de la didactique et à celui de la linguistique. Il permet in fine, de saisir certaines des déterminations qui pèsent sur l'action conjointe en situation et de s'engager vers une première caractérisation des transactions didactiques
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L'environnement, domaine sociologique<br />La sociologie française au risque de l'environnementBoudes, Philippe 21 April 2008 (has links) (PDF)
La reconnaissance de la complexité des phénomènes environnementaux et de leurs liens avec les activités humaines est un enjeu majeur pour les sciences. Cette étude propose d'expliquer dans quelle mesure la sociologie s'est appropriée les thématiques environnementales et quelles sont les conséquences de cette ouverture du point de vue des traditions intellectuelles et des contextes nationaux.<br />L'histoire des liens de la sociologie avec le milieu naturel sera d'abord retracée avant l'analyse des fondements de la sociologie contemporaine de l'environnement et de ses principaux courants contemporains. On détaillera alors la récente institutionnalisation du domaine en France, notamment rendue visible par ses caractères extérieurs. La revendication d'une approche sociologique de l'environnement s'est heurtée, dans ce pays, à l'emprise d'une sociologie traditionnellement limitée aux réalités strictement sociales, mais également à une appropriation de l'environnement par les politiques gouvernementales et de recherche.<br />Cette dernière analyse fait de cette étude de cas un véritable travail de sociologie des sciences et rappelle la nécessité de penser la science comme une institutionnalisation de l'activité cognitive. D'ailleurs, cette recherche conduira à interpréter les effets de la prise en compte d'une sociologie de l'environnement sur la structure des sciences elle-même. L'ancien découpage entre sciences naturelles et sociales sera nuancé au profit d'une mise à plat des relations entre les phénomènes écologiques et sociologiques favorisant le traitement tout à la fois des réalités sociales, naturelles et environnementales et de leurs actions réciproques.
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Le rapport au symbolisme algébrique : une approche didactique et épistémologiqueBardini, Caroline 10 December 2003 (has links) (PDF)
Au cœur de notre étude se trouve la question du symbolisme dans l'enseignement des mathématiques. Motivés par le constat de la fragilité du rapport à la factorisation des élèves en fin de Troisième mis à jour dans nos recherches antérieures, nous nous sommes interrogés sur la perception qu'ont les élèves des expressions algébriques qu'ils manipulent et des différents éléments constitutifs de celles-ci. Dans le présent travail, nous nous proposons d'encadrer ce questionnement didactique par une perspective épistémologique et montrons comment celle-ci nous a permis de progresser dans l'étude du rapport au symbolisme algébrique, à différents niveaux. En effet, l'épistémologie s'est avérée un point d'appui fondamental non seulement pour orienter théoriquement notre questionnement, mais aussi pour construire et analyser certaines situations didactiques. A travers cette recherche, nous mettons en évidence l'importance d'une analyse épistémologique pour raffiner l'interprétation du rapport des élèves au symbolisme. Un prolongement possible de l'articulation entre didactique et épistémologie est ensuite envisagé dans l'environnement informatique, à travers une analyse plus systématique de certaines expressions algébriques.
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L'intelligence artificielle et la question du continu; Remarques sur le modèle de TuringLassègue, Jean 09 December 1994 (has links) (PDF)
La thèse vise deux buts : décrire la notion de machine de Turing en tant que concept et en tant que modèle. L'hypothèse épistémologique de départ est la suivante : pour que la notion de machine de Turing ait psychologiquement une signification, il faut qu'elle soit mise en rapport avec la notion de continu et ce, dans les deux directions envisagées, concept et modèle.<br /> On décrit la notion de machine de Turing en tant que concept dans la théorie de la calculabilité. On étudie le contexte épistémologique dans lequel le concept est né dans les années trente : philosophiquement, la “querelle des fondements en mathématique”; mathématiquement, l'apparition des différents formalismes permettant de rendre compte de la calculabilité des fonctions, dont le formalisme de la machine de Turing.<br /> On décrit dans la deuxième partie comment le concept de machine de Turing se transforme en modèle pour la théorie de la psychologie. La justification de cette transformation est étudiée à partir de l'expérience de pensée élaborée par Turing grâce au “jeu de l'imitation”. On interprète le sens de ce jeu d'un point de vue formaliste, probabiliste et psychologique. On finit par conclure à l'absence de “test de Turing” dans le jeu, contrairement à ce qui est cru généralement.<br /> La troisième partie étudie la façon dont la notion de machine de Turing a servi de fondement à l'intelligence artificielle. Le modèle de Turing tel qu'il a été utilisé jusqu'à présent engendre deux types de théories dualistes de l'esprit : une théorie platonicienne et une théorie fonctionnaliste. On justifie une interprétation non-dualiste en mettant l'accent sur le rôle joué par le langage dans la constitution du modèle. On replace enfin le modèle dans une tradition historique plus large, qui va de C. Babbage à R. Thom.
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Enseignement des premières notions de topologie à l'université - Une étude de cas.Bridoux, Stéphanie 01 June 2011 (has links) (PDF)
Notre travail de thèse trouve son origine dans un constat d'échec ressenti durant plusieurs années concernant un enseignement de topologie dans lequel nous prenons une part active, en première année d'université. Nous nous sommes donc donnée comme objectif de développer des pistes d'enrichissement, voire de modifications, de cet enseignement pouvant mener aux acquisitions visées tout en s'inscrivant dans les contraintes institutionnelles qui le délimitent strictement. À partir d'une étude épistémologique de la genèse et du développement de plusieurs notions de topologie, nous avons pu caractériser leurs aspects formalisateur, unificateur et généralisateur. Cette étude, complétée par une analyse comparative de quelques manuels, a contribué à l'élaboration d'un scénario d'enseignement intégrant un certain nombre de leviers didactiques susceptibles de favoriser les apprentissages en topologie des étudiants, en tenant compte toutefois des contraintes déjà signalées. En nous plaçant dans le cadre théorique de la théorie de l'activité spécifiée aux mathématiques, nous avons explicité la description de notre scénario en termes de tâches et d'activités attendues chez les étudiants, avant de l'expérimenter dans notre classe. Les analyses des déroulements en classe associées à celles des productions des étudiants aux différentes évaluations ont permis d'approcher les apprentissages en topologie effectivement réalisés par les étudiants, en relation avec la nature des tâches. Une diminution significative des échecs dans les tâches de manipulation des définitions a été observée. Cependant, il manque aux étudiants une certaine disponibilité des notions de topologie dans les tâches plus complexes que nous avons pu associer à notre scénario. Cette recherche met en évidence l'apport des analyses didactiques menées en amont de l'enseignement dans un travail de type ingénierie pour mieux appréhender ce que leur enseignement doit apporter aux étudiants. Elle pointe également toute l'importance de l'inscription des contraintes institutionnelles dans l'élaboration et l'expérimentation d'un scénario d'enseignement. C'est en mettant en relation ces deux dimensions et les progrès réels mais limités des étudiants que nous avons été en mesure d'apprécier la portée du scénario et d'envisager des alternatives mettant cette fois en cause le curriculum.
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THESE D'ETAT Interactivation et paramètres cosmologiquesReboul, Henri 15 November 2006 (has links) (PDF)
Un essai épistémologique sur l'évolution des concepts cosmologiques depuis l'antiquité occupe la première partie de ce travail. Il porte une attention particulière aux domaines frontaliers qui ont pu favoriser les concepts dominants. Une étude des tests observationnels des modèles d'univers au fil du temps replace dans son contexte la signification cosmologique présente de la relation entre diamètre apparent $\theta$ et décalage spectral cosmologique $z_c$.\\ Dans les modèles d'univers de Friedmann-Lemaître, issus de la relativité générale et du principe cosmologique, la relation $\theta \longleftrightarrow z_c$ dépend de la géométrie de l'espace-temps que parcourt la lumière entre la source et l'observateur et donc de ses paramètres fondamentaux, notamment de son taux d'expansion, de la densité des différents <> qu'il contient et de la <>.\\ En inversant la relation $\theta \longleftrightarrow z_c$ observée on doit donc pouvoir contraindre ces paramètres. L'interaction gravitationnelle des galaxies et la première {\it activation} mutuelle ({\it <>}) qu'elle suscite est ici envisagée comme génératrice d'étalons de longueur relativement indépendants du temps cosmique.\\ Cette idée directrice a accompagné, durant plus de vingt ans, un ensemble de démarches observationnelles pointées (imagerie, spectrophotométrie 1D, 2D, 3D) et à grand champ (astrométrie, photométrie, mouvements propres) dont les retombées sont multiples.\\ L'étude se termine par une qualification de la méthode, basée sur les grands relevés de galaxies disponibles en 2006. À partir des observations locales, des échantillons synthétiques sont générés et la résolution du problème inverse fournit les précisions avec lesquelles peuvent être retrouvés les paramètres de densité en fonction de la dimension des échantillons réels à venir.
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Institutionnalisation du féminisme et représentation politique. Le cas du Chili depuis la fin des années 1980 / The Institutionalization of Feminism and Political Representation. The Case of Chile Since the End of the 1980'sStoffel, Sophie 28 August 2008 (has links)
Cette recherche doctorale propose de discuter le concept de représentation politique afin de pouvoir le mobiliser dans l’examen empirique de la dynamique d’institutionnalisation du féminisme au Chili. La thèse défendue est que les organisations féministes institutionnalisées « font » de la représentation politique bien qu’elles n’appartiennent pas à l’espace politique formel défini par les élections et qu’elles ne sont pas impliquées dans une relation d’autorisation et de reddition des comptes avec les personnes qu’elles entendent représenter. Il s’agira donc de combler l’approche conventionnelle de la représentation politique, ancrée dans l’histoire du gouvernement démocratique libéral, et qui ne permet pas de rendre compte d’un pan de la représentation politique : celle qui ne s’articule pas autour des élections et qui est le fait d’acteurs évoluant en dehors de l’espace politique formel. L’étude du cas chilien, selon une démarche de sociologie historique du politique, permettra de tester cette hypothèse.
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La rhétorique et sa critique. A la rencontre du discours et de la liberté.Nicolas, Loïc 13 May 2011 (has links)
L’objet de cette thèse est d’engager une discussion concernant l’épistémologie de la discipline rhétorique et de formuler des propositions visant à la refonder. En partie spéculative, la réflexion que je mène à partir des travaux de Chaïm Perelman notamment, rattache cette antique discipline à la « raison pratique ». Une raison agissante qui donne l’occasion d’assumer et d’affronter l’indétermination du monde – sans pour autant faire de cette indétermination un chaos, ni en prendre ombrage pour sombrer dans le relativisme. Dans cette perspective, la rhétorique se trouve conçue comme un dispositif propre à accompagner les hommes dans le difficile exercice d’une liberté citoyenne. Une liberté au sens fort, ancrée dans la pratique du politique, telle que l’entendaient les Anciens.
Je m’efforce tout d’abord de montrer que, dès l’origine, la rhétorique a représenté une compétence nouvelle, mais aussi une occasion unique de dire, d’habiter et de séculariser le monde. Ma démarche consiste donc à réfléchir l’émergence de la rhétorique dans la Grèce ancienne. À ce titre, j’analyse la fonction politique, sociale, symbolique, attribuée à la parole dans cette Cité démocratique dont elle a accompagné l’invention. Parole qui s’est vue accorder une place inégalée : comme support et comme condition de l’action citoyenne. Pourtant, force est de constater que, malgré ce succès, la rhétorique a très vite été dénoncée comme un art de tromper, de mentir, de dissimuler ses lacunes. Des générations de philosophes, d’hommes d’Église ou de scientifiques se sont attachés à démonter son fonctionnement, sa dynamique, à décrier son enseignement et, finalement, à souhaiter son évincement. C’est pourquoi, je m’intéresse aux critiques qui ont été adressées à la parole rhétorique depuis l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle. Par là, j’entends donner une vision nouvelle de cette antique « fonction » du langage, par-delà la synthèse de ses caricatures.
En outre, mon propos s’attache à mettre en lumière les lieux communs sur lesquels se fonde notre relation au discours. Dans une optique qui va d’Aristote à Perelman, je défends l’idée selon laquelle la rhétorique ne constitue pas (comme on pourrait le penser) une méthode pour apprendre à vivre ensemble dans la paix des mots, mais, avant tout, une façon de pratiquer la critique avec et contre l’autre : l’adversaire. Et ceci afin de prendre des décisions dans le monde contingent des affaires humaines. Or, c’est justement au titre de sa fonction agonistique que la rhétorique a perdu sa place et son sens dans nos démocraties. Face à cela, l’enjeu de mon travail est de mettre en évidence, après Perelman, l’existence d’une raison tout à la fois une et plurielle. En effet, la multiplicité des voies possibles, leur antagonisme, n’est pas le signe d’une raison anarchique et inconséquente, le signe d’une raison hantée par la déraison. Il s’agit, au contraire, d’une chance offerte à la raison de se mettre à l’épreuve et de risquer la liberté. Du reste, perdre cette dimension agonistique, la dénoncer, la condamner comme irrationnelle, ainsi que le font les théories normatives de l’argumentation, revient à manifester la coupure entre le langage et les ressources critiques de la rhétoriques qui permettent de faire de nos prises de parole un moyen et une ressource de l’émancipation.
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